14 juin 2021

De sang et d’encre de Rachel Kadish

Par Mamie Solange

Je l’avoue, avec les confinements successifs et l’impossibilité de me sauver en vadrouille comme à l’ordinaire, j’ai renoué avec ardeur avec ma passion : la lecture. Oui, j’ai la chance d’avoir une médiathèque pratiquant le click and collect.

Et j’ai lu, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et je suis tombée sur des pépites et des livres me sont tombés des mains. Comme je suis sympa, je vais partager avec vous mes coups de cœur littéraire. Et je commence avec 

De sang et d’Encre de Rachel Kadish.

C’est à la faveur du énième confinement que j’ai découvert ce livre sur une devanture de ma médiathèque. Ce qui m’a attirée ? Son épaisseur (600 pages) et la densité (physique et pas seulement) de son écriture.

Pourtant, la quatrième de couverture m’avait laissé craindre un roman sur l’histoire juive réservé aux spécialistes. Et je n’en suis pas une !

Pourquoi ? Ce roman a gagné le National Jedish Book Award et même si je m’intéresse à toutes les cultures, j’ai craint de ne pas en connaître assez pour apprécier ce livre.

La trame du roman

Helen Watt est professeur d’université en 2017. En 1660, après avoir fui avec sa famille l’Inquisition catholique espagnole jusqu’aux Pays-Bas, Ester Velasquez est recueillie par un rabbin et d’Amsterdam, elle rejoint Londres.
Ces deux femmes vont croiser leurs routes à travers le mystère de manuscrits anciens trouvés dans une vielle demeure de Richmond.
Une intrigue historique où se découvre une jeune femme juive exceptionnelle.

Elle aurait pu être membre de la Royal Society et défier les plus grands penseurs de l’époque, mais elle est une femme du XVIIe siècle, de confession juive de surcroît.
Alors elle ruse. Elle initie des conversations épistolaires en déguisant sa signature. 

Mon humble opinion

Un pavé de 600 pages qui se déguste, un régal, une gourmandise. Un énorme coup de cœur. C’est exactement ça. Plusieurs histoires sont entremêlées même si la principale reste la vie d’Esther, juive instruite vivant à Londres et servant de scribe temporaire à un vieux rabbin aveugle. Bien sûr, j’ai pris plus de plaisir à suivre le cheminement d’Esther que celui des personnages contemporains mais sans doute est-ce parce que j’ai beaucoup plus appris avec Esther.

C’est un roman dense, très dense, si l’on considère le nombre de pages d’abord, et l’écriture ensuite. Attendez-vous en effet à de petits caractères qui ne facilitent pas la lecture.

Mieux vaut se plonger dans cette lecture en étant libéré de toute préoccupation et en ayant conscience que l’on va pénétrer dans une période historique passionnante et complexe.

L’avancée à tâtons entre les deux époques permet quelques respirations au sein du roman. Il n’aurait certainement pas eu la même force s’il avait été amputé de toute la phase de recherche mettant en scène les deux historiens. L’histoire d’Ester, son parcours, son combat, ne peuvent laisser de marbre et, à travers eux, sont abordés des thèmes riches et fascinants. Parmi les plus intéressants : le sort réservé aux communautés juives dans l’Europe du XVIIe siècle et la place de la femme. Plus une quête féministe qu’une quête de liberté d’expression, écrite ou orale, liberté de pensée, d’être qui on est au fond de soi.

Alors que notre société actuelle questionne avec raison la place des femmes dans le monde, ce roman raconte d’où elle revient et de la chance que nous avons eu de naître femme maintenant dans un monde occidental.

Delphine Horvilleur, Rabbin

Conclusion provisoire :

A lire absolument !