Le Misanthrope revisité à Versailles

Se rendre à Versailles reste un plaisir constant tant la ville est riche d’histoire, la Grande et les petites. C’est à l’occasion du mois Molière que je m’y suis rendue tout récemment. J’ai assisté à une version contemporaine du Misanthrope de  Molière. Où ? Aux Grandes Écuries de Versailles.

Petit point culture sur le Mois Molière

Versailles

Durant 30 jours, chaque année au mois de juin et depuis 26 ans, se succèdent représentations théâtrales et musicales. Leur point commun ? Le théâtre est à l’honneur et plus particulièrement cette année qui célèbre les 400 ans depuis la naissance de Molière.

Le mois Molière célèbre le spectacle vivant dans divers lieux iconiques de la ville royale. Certains n’ouvrent d’ailleurs leurs portes qu’à cette occasion.

Et c’est une grande première pour moi d’assister à une représentation du mois Molière. Je cède la parole au maire de Versailles, François de Mazières, créateur du mois Molière :

« Il était très important pour nous de rendre un hommage appuyé sur le lien singulier unissant notre ville à celui qui fut non seulement un immense auteur, mais aussi l’organisateur à Versailles des festivités du jeune roi Louis XIV et un témoin privilégié des mœurs de son temps…

Aujourd’hui, notre ville veut en effet perpétuer cette tradition de résidences pour des troupes de talent. L’aventure singulière de notre festival est de se nourrir de fidélité à ces troupes, en promouvant chaque année de nouvelles créations… …

 Parce que le Mois Molière est un festival populaire, ce sont aussi des concerts, des spectacles sur tréteaux dans tous les quartiers de la ville, grâce notamment à l’académie internationale des arts du spectacle de Carlo Boso… Bon festival, vive Molière et vive le théâtre ! »

François de Mazières

Petit point culture sur les Grandes Écuries de Versailles

misanthrope molière

Les Grandes Écuries sont un ensemble de bâtiments se trouvant à Versailles (Yvelines), sur la place d’Armes, juste en face du château, entre les avenues de Saint-Cloud et de Paris. Constituant avec la Petite Écurie les Écuries royales (institution faisant travailler un millier de personnes1 sous Louis XIV), elle a été construite sous la direction de l’architecte Jules Hardouin-Mansart et achevée en 1682.

Comme me voilà devenue savante. C’est l’effet Versailles, vous dis-je.

Petit point culture Le Misanthrope de Molière

Si Le Misanthrope écrit en 1664-1665 reste une comédie singulière dans l’œuvre de Molière, c’est qu’elle allie le naturel à la vérité pour dresser le portrait d’un salon tiraillé entre une société de ville et une société de cour soumise au pouvoir monarchique.

Le pitch : Alceste hait l’humanité tout entière, en dénonçant l’hypocrisie, la couardise et la compromission. Il aime Célimène, jeune veuve coquette, présentée comme immorale et manipulatrice. Et il est aimé d’Arsinoé, la prude, et d’Éliante, la sincère.

Le Misanthrope de Molière par Thomas le Douarec

Avec

  • Jean-Charles Chagachbanian,
  • Philippe Maymat,
  • Thomas Le Douarec,
  • Jeanne Pajon,
  • Justine Vultaggio,
  • Rémi Johnsen,
  • Valérian Behar Bonnet  
  • Caroline Devismes.

Mise en scène de Thomas le Douarec

En venant assister au Misanthrope dans un monument classé, je m’imaginai une représentation classique, un brin surannée, marquée par les années, avec le charme de l’ancien sans l’adaptation à notre monde actuel. Des comédiens en costume d’époque, des vers récités comme avant.
Ne vous méprenez pas. Assister à une pièce de Molière reste pour moi un grand plaisir, oui, que ce soit dans ses versions classiques ou plus contemporaines. Au pire, pourrais-je craindre trop de modernisme avec un texte daté. Oui, se trouver à Versailles incite à la tradition.

Thomas le Douarec respecte le texte à la virgule près tout en parvenant à transposer l’histoire dans notre siècle féru de réseaux sociaux. Le décor est sobre et tant mieux. L’œil ne se perd pas dans des détails inutiles.

Alceste, notre misanthrope se fait comme profession de foi d’être sincère, franc jusqu’à la brutalité. Il lui manque ce que nous appelons la politesse et que lui nomme hypocrisie et mensonge.

Mon ressenti :

J’ai été happée par le jeu des comédiens, par la modernité et l’actualité d’un texte écrit en 1665. On pourrait le croire sorti du cerveau d’un écrivain contemporain tant il colle à notre siècle où le smartphone est devenu notre interlocuteur privilégié.

Le texte n’est ni déclamé, ni récité. Il est. Simplement. Les comédiens jouent leur partition sans fausse note. Qu’il est beau d’entendre un tel texte servi par de tels acteurs.

C’est également une histoire d’amour. Jusqu’où la vérité peut-elle ou doit-elle s’exprimer  en amour ? Peut-on de l’être aimé exiger tout renoncement ? Ne serait-ce pas confondre amour et possession tout comme on peut confondre indulgence et hypocrisie, franchise et jugement moral ?

Le mot de Senior :

« Quoi ! Le Misanthrope revisité à Versailles. Tudieu, à  la garde ! Les parisiens  sont à la grille. »

Non le cœur ne suivrait pas. .Je me revois à la fois heureux d’un prétexte pour revenir à  Versailles et irrité à l’annonce d’un nouvelle frasque moderniste. Serons-nous éternellement à  l’abri d’une  pyramide ‘’du Louvre’’ sur la place d’armes ? Le temps passant les expériences théâtrales de ce types se multiplient et les questions de justesse, de réussite… souvent demeurent.

Pour ce qui est du ‘’ Misanthrope revisité à Versailles’’ la réponse est : une réussite sans conteste. Un seul argument à mon sens y est suffisant. L’actualisation voire l’aspect intemporel des vêtements et du décor, l’introduction du monde médiatique… tout impose l’évidence étonnante et pourquoi pas dérangeante de l’actualité du texte. Le génie de Molière est démontré là, par sa lecture de notre société humaine sous notre propre témoignage.

Par ce trait la pièce ainsi donnée dans la cour intérieure des Grandes Ecuries nous confine émotionnellement à être à la même place que les spectateurs de l’époque lors des premières représentation de la pièce. La juste interpellation de Molière portée par l’actualisation du jeu d’acteur à effacé le temps dont attestaient les murs.

Regretter une mise en scène classique ne peut plus être une critique à cette revisite. Il s’agit d’un simple choix d’envie. Soit celui de goûter de façon toute licite et sereine du charme de cette période historique. Soit de vivre le jeu de société actuelle et notre humanité sous le regard de l’étonnant génie de Molière. Véhiculé par la troupe de Thomas le Douarec, l’auteur serait-il le premier inventeur de la machine à effacer le temps ?

Pour ne pas m’éterniser

Tout en étant pris par les scènes  successives un peu comme un dialogue continu avec la pièce je me suis interrogé sur l’équilibre entre d’un côté la diction classique, justesse à la prévalence de l’alexandrin et de l’autre le ton, l’accent… particuliers de notre époque. Ces temps d’incartades souvent brefs comme au début entre Alceste et Philinte ou plus prolongé avec Célimène vers la fin sont essaimés tout au long et soutenus par des attitudes du même genre. Ce sont à mon regard de véritables perles que souligne le rythme classique.

Je demeure en interrogation. Ces prouesses de diction compte tenu des caractéristiques du texte pouvaient-elles être plus présentes, comme infiltrant d’avantages dans cette revisite du Misanthrope, l’intelligence de ses scènes et leur succession ? La pièce est maintenant devenue autant contemporaine qu’intemporelle.

Merci les artistes pour ce moment de vie. Une standing ovation largement méritée.

Ma conclusion provisoire

Il est difficile actuellement de prévoir l’avenir mais je pense que le mois de juin 2023 me verra bien plus souvent arpenter les rues de la préfecture des Yvelines, que ce soit pour re-découvrir des classiques ou que ce soit pour m’enchanter les yeux et les oreilles avec les nouveautés..

Félicitations à Thomas le Douarec et à sa compagnie. Je vous conseille de les voir en représentation au festival d’Avignon off au théâtre des Lucioles à 15h40.

https://www.festivaloffavignon.com/programme/2022/le-misanthrope-s30413/

Conclusion

Vive Molière, Vive Versailles et Vive le spectacle vivant.

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Mamie Solange
Publications: 49

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