Roche tremblante, Terre de légendes,

La Bretagne, l’une des régions de France pour laquelle le vacancier conquis aime à rappeler le caractère singulier. Terre la plus Ouest qui face à l’Atlantique, au-delà du folklore, laisse remonter sans effort, ses légendes d’océan, de granit et de fougères.

Forêt d’Huelgoat

Vous passez tout près de la forêt d’Huelgoat ? Alors allez voir la Roche Tremblante. C’est un bloc de pierre de plus de 100 tonnes qui peut être mise en mouvement par un enfant… si on lui explique le début de secrets. Vu sous un certain angle, sa forme oblongue avec l’entaille, non achevée par les ouvriers de l’ex-carrière contiguë, évoque un cachalot couché sur son flanc droit auquel on prêterait bien un caractère facétieux.

Il est l’objet étrange d’un mouvement d’oscillation que l’érosion du terrain et les frasques humaines n’ont pas altéré.

Et pourtant la Roche bouge

Il existe une trentaine de points d’appui qui permettent sa mise en mouvement. Ceux près de la tête, sous la mâchoire, sont les plus aisés. L’oscillation de ce rocher ne requiert pas le développement d’une force surhumaine. L’astuce est de saisir le rythme avec lequel il faut reproduire la poussée sur la paroi. La proportion masse/ridicule petitesse du moteur donne un résultat réellement bluffant. Par contre, il est rapporté que la faire rouler plus avant sur le côté pour lui faire dévaler la pente est quasi impossible. Pendant la Seconde Guerre, les Allemands craignant que des Résistants ne leur fassent un mauvais coup au passage d’un convoi, auraient tenté de la renverser. Des traces de forme carrées sur son flan opposé à la pente descendante attesteraient de leur vaine tentative à l’aide de vérins.

Roche tremblante

Entre ces deux extrêmes, on dit qu’il est possible de la faire sonner. Pour ce faire, il faut qu’un groupe d’une trentaine de gaillards forçant ensemble au rythme adéquat donne après une quinzaine de minutes d’efforts ininterrompus une amplitude de balancement suffisante. À un moment, une des aspérités de sa base viendra frapper la plaque rocheuse sur laquelle elle repose en partie. Mais pourquoi dit-on sonner ? Pour s’en persuader, il suffit de frapper le sol du pied à certains endroits pour entendre la résonance comme d’une cavité sous le bloc. Cavité qui aurait été attestée par des mesures à l’aide d’instruments scientifiques.

Si le fa dièse du bourdon de Notre Dame est royal, somptueux, que valent ses 13 tonnes ici face aux vibrations de la terre au rythme d’une centaine de tonnes en mouvement ? Résonance amortie par le lacis des racines des arbres avoisinants, ou montée sonore du monde souterrain que révèle le larynx tortueux de la caverne enfouie ? Vous êtes curieux ? À vous de réunir l’équipe. Et n’oubliez pas de quoi désaltérer les sonneurs comme le veut la tradition.

Une telle singularité ne peut qu’ouvrir au monde des légendes.

On rapporte que les anciens, aussi loin qu’on remonte dans le temps, ont toujours affirmé qu’il existait une caverne sous le bloc. De caverne inaccessible à trésor, il n’y a qu’un pas. Aussi est-il dit qu’un homme plus téméraire ou inconscient que les autres s’y est risqué, creusant à quelques pas du colosse, là ou la sonorité est plus nette. Et, quoique le risque d’effondrement sous le poids de la roche fût évident, il s’imagina, aveuglé par l’attrait de l’or, pouvoir être suffisamment rapide pour se jouer du sort. Mal lui en a pris, excès de présomption, mauvais timing ou quelconque diablerie, la paroi s’affaissa et l’enterra vivant.

Depuis, il est dit que quiconque tenterait de nouveau de creuser au même endroit, verrait subitement surgir le bras de son infortuné prédécesseur et l’agripper pour l’entraîner avec lui. Fable, superstition  sans doute. Mais qui se risquera face à cette probable et radicale version bretonne du « tout bien mal acquis ne profite jamais » ? Avis aux candidats.

Pour parfaire le tableau, de là où sont supposés gésir nos malheureux chercheurs de trésors, sur la gueule du mastodonte échoué, à hauteur de poitrine, une encoche nette de la taille d’un poing gauche fermé les surplombe. Elle serait la signature dans ces lieux du passage du Diable et de ses sautes d’humeur

Pour parfaire le tableau, de là où sont supposés gésir nos malheureux chercheurs de trésors, sur la gueule du mastodonte échoué, à hauteur de poitrine, une encoche nette de la taille d’un poing gauche fermé les surplombe. Elle serait la signature dans ces lieux du passage du Diable et de ses sautes d’humeur comme peuvent en témoigner non loin quelques chaos rocheux. La pierre ici aurait fondue sous sa colère alors qu’il n’arrivait pas à la faire chuter. S’il vous venait d’y essayer votre poing et qu’il se chaussait parfaitement dans l’empreinte, alors interrogez-vous sur votre nature et ses éventuelles connivences diaboliques. Voire seriez-vous le Diable en personne ?

En conclusion

Las de la morne normalisation de la modernité, un tantinet romantique, vous voilà tenté par quelques rêveries, extraordinaires ou irrationalités ? Cet endroit y est propice. N’hésitez pas à vous faire accompagner d’un guide occasionnel du cru. Il vous emmènera sur un circuit alentours prompt à faire surgir entre deux singularités du lieu et de son histoire bien d’autres légendes au détour du chemin.

Et peut-être même, que du fond du vallon où court un filet d’eau à l’ombre des amas rocheux vous entendez montez l’inattendu chant d’une harpe ?

Texte écrit par Bernard R.